#ChallengeAZ (2019) – G comme Gènes et Généalogie

Image parPublicDomainPictures de Pixabay

D’emblée, je coupe court au suspense : non je n’ai pas fait de test ADN. Beaucoup trop d’interrogations, peu de certitudes, malgré une large littérature consultée sur le sujet.

A vrai dire, ces gènes me gênent.

Je ne juge pas ceux qui les pratiquent, je ne me permettrais pas. Je donne un avis d’ensemble sur un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur.

Quoi qu’il en soit, difficile de louper le sujet en 2019. La génétique n’est pas un sujet nouveau mais elle a pris un tout nouvel essor ces dernières années avec une véritable commercialisation du test ADN à but personnel, autrement dit « récréatif ». Rappelons d’ailleurs qu’il est toujours illégal de réaliser ce type de tests sur le sol français.

Je vous épargnerai donc le comparatif des sociétés proposant le pourcentage le plus fin du cocktail ethnique vous composant et les questions éthiques que tout cela peut engendrer.

Admettons néanmoins que cette approche nouvelle permet aux généalogistes que nous sommes de nous interroger sur le véritable sens de nos recherches. Et je pense que nous confondons plusieurs choses.

La généalogie c’est l’histoire dans l’Histoire. Le généalogiste est en quête de preuves écrites, de photographies, de papiers permettant d’attester la trace de tel ou tel ancêtre, de preuves de sa vie, de son activité, de son oeuvre et d’en déduire ses ascendances ou ses descendances. A ce titre, le généalogiste n’a pour seul support celui que l’Histoire aura pu lui laisser.

Lorsqu’il recueille suffisamment d’éléments pour sa quête, le généalogiste est à même de remonter le fil de l’histoire d’une famille en constituant son arbre généalogique.

La famille n’a rien de génétique en l’état, il s’agit d’une structure légale, reconnue par les autorités d’état civil, attestant que des personnes sont les parents d’un ou de plusieurs enfants et que les droits et devoirs de chacun sont encadrés par les codes de loi en vigueur. Le généalogiste n’a donc pour limites que l’antériorité des traces écrites attestant de la légalité des événements familiaux.

La génétique, de son côté, c’est de la biologie pure. Elle permet de répondre, sous réserve de l’exactitude du résultat, à la question lointaine et vertigineuse de l’haplogroupe auquel mon chromosome Y appartient ou pourquoi pas également de mon ADN mitochondrial par exemple. Nous sommes bien loin du SOSA 14 pour qui on décortique le registre matricule afin de savoir au cours de quelle bataille il a reçu une balle dans la plèvre.

Image parElias Sch. de Pixabay

La génétique ce n’est pas l’Histoire. La génétique peut avoir des résonnances avec l’Histoire, ou bien aucune. A ce titre, la génétique ne peut pas être une réelle preuve de l’Histoire.

Supposons que nous parvenions à établir une cartographie génétique totale des êtres humains vivant sur Terre. Nous serions ainsi capables de déterminer les liens de parenté proches ou éloignés de tous les individus du globe. Supposons que nous soyions capables par déduction de reconstituer les chemins de filiation et d’établir de véritables arbres génétiques permettant de remonter la chaîne des géniteurs et génitrices.

On peut admettre que l’arbre génétique ainsi constitué pourrait bien différer de l’arbre généalogique pour beaucoup d’individus. Lequel deviendrait donc notre référence? La génétique supplanterait-elle complètement la généalogie, simple lubie de scribouillards farfouillant de vieux papiers en salles d’archives?

Je ne le pense pas. Je vais tenter de vous démontrer pourquoi, car contrairement à ce que mon titre peut indiquer, j’estime qu’il n’est pas pertinent de mélanger les deux disciplines.

La génétique représente la vérité biologique. Mais cette vérité n’a aucune réalité si elle ne s’inscrit pas dans l’Histoire. Si Mr X est le fils naturel d’un homme qu’il n’a jamais connu, que va représenter cet homme dans la vie de Mr X, hormis la quête admirable de retrouver son géniteur.

Nous ne sommes pas que des gènes.

Un gène n’a pas d’éducation, de culture, de nom de famille, de langue ou de sentiments. C’est notre contexte social, historique et familial qui va nous permettre de nous identifier et de nous développer. Pour répondre à ces questions, la généalogie va chercher les traces les plus précises que le plus précis des tests ADN ne saurait déceler.

Certes, j’ai pu lire bon nombre de témoignages de généalogistes s’étant servi des tests ADN pour débloquer des branches compliquées ou confirmer des mythes familiaux sur des origines géographiques supposées.

Mais est-ce réellement toujours exploitable? Si nous avons des ancêtres un peu volages, qui ont engendré des enfants illégitimes un peu partout comment savoir facilement lequel a « fauté » et comment rattacher les cousins du bout du monde qui en découlent à notre histoire personnelle?

Je crains, à vrai dire, que la génétique, aussi passionnante et excitante soit-elle, ne représente l’excitation que d’un instant.

Par ailleurs, les populations bougeant et les personnes dont l’ADN a été collecté augmentant, les résultats d’un jour ne seront plus forcément ceux du lendemain. Si les Romains avaient pu pratiquer ce type de tests, il y a fort à parier que les groupes éthniques définis n’aient strictement rien à voir avec ceux définis aujourd’hui. Et on peut extrapoler que d’ici quelques siècles, nos définitions éthniques auront complètement changé également.

Image parGerd Altmann de Pixabay

En effet, ces groupes ethniques standard, du moins leur définition, a quelque chose d’éminemment contestable. A quel moment un groupe ethnique devient-il d’un territoire ou d’un autre? La France, terre d’immigration, peut-elle avoir un groupe ethnique « Français »?

Il y a donc quelque chose d’extrêmement relatif et subjectif dans l’approche génétique.

De son côté, la généalogie est figée dans son support d’enregistrement, objectivité incarnée, aussi longtemps que celui-ci pourra être déchiffré et lisible. Certes les époques et les pays changent, mais l’Histoire permet de replacer ces traces du passé dans leur contexte afin qu’elles éclairent les généalogistes du présent et du futur.

En conclusion, la génétique n’est pas en passe de renvoyer la généalogie aux oubliettes, tout comme il ne me paraît pas efficace de combiner génétique et généalogie dont les quêtes sont très différentes.

Cette combinaison des deux termes résulte d’une campagne de matraquage médiatique qui a certainement dû porter ses fruits. Cette campagne de promotion des kits ADN associe volontairement gènes et généalogie pour renvoyer ces tests dits « récréatifs » à une quête des origines exclusivement. Or si les utilisateurs de ces kits sont de bonne foi, rien ne peut attester que cela soit le cas des organismes de test et de la façon dont les données récoltées sont gérées.

Je déplore, au même titre, que les défenseurs de ces tests, l’absence d’une position claire de l’Etat Français, qui interdit officiellement mais tolère en parallèle, laissant les données de millions de ses concitoyens remplir des serveurs informatiques à l’étranger. Cela valait le coup de renforcer la protection des données personnelles en Europe avec le fameux RGPD pour laisser une telle fuite se produire.

Image parGerd Altmann de Pixabay

A côté de mon ADN, l’utilisation de mon numéro de téléphone, mon mail, mon nom, mon prénom, mon adresse, ma photo ou de mon numéro de carte bancaire me paraît tellement dérisoire que je crois que l’effort n’est clairement pas mis là où il faut.

Nous n’avons pas fini de parler de tout cela, j’en suis convaincu.

Et vous, combinez-vous génétique et généalogie? Si oui, cela vous a-t-il permis d’étayer votre arbre généalogique? Prévoyez-vous de le faire à l’avenir? N’hésitez pas à partager votre expérience et/ou votre vision des choses en commentaires.

21 commentaires

  1. Très vaste sujet à vrai dire… Je n’ai pas franchi le pas, et je n’ai pas l’intention de le faire à court terme. Seule la curiosité pourrait m’amener à le faire (c’est en effet très tentant de voir ce que ça pourrait m’apprendre même si je n’en attendrais rien de particulier), mais les freins restent trop importants. Si ça n’impactait que moi peut-être l’aurais-je déjà fait, mais ça reviendrait à divulguer l’ADN de mon fils et je ne peux pas m’y résoudre. Ceci dit vu mon arbre (recherches en France et au Portugal, registres existants et accessibles, pas de mystère sur les premières générations sur lesquelles un tel test pourrait s’avérer pertinent), mon driver ne pourrait être que la curiosité et non la généalogie en soi.

    Aimé par 1 personne

    • Merci Christelle pour ce retour très pertinent qui ajoute par ailleurs des points non mentionnés dans mon article. L’ADN est en effet une donnée personnelle partagée et à ce titre, sauter le pas c’est le faire sauter à tout son entourage sans recueillir son consentement préalable. Et je suis persuadé que pour beaucoup la curiosité est une grande source de motivation, que le matraquage médiatique finit par susciter.

      Aimé par 1 personne

  2. Article étayé et intéressant ! Je comprends ton point de vue et te rejoins sur de nombreux points. Je n’ai, tout comme Christelle, pas sauté le pas, et ceci pour la raison que tu évoques à la fin de ton article. Si ça ne te dérange pas, je vais en parler dans mon article du jour que je rédigerai ce soir 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. Très bel article ! Tout comme Sébastien je rejoins ton point de vue sur de nombreux points. Je pourrai être tenté pour en savoir plus sur une arrière grand-mère. Mais est-ce que le jeu en vaut la chandelle? Pas en ce qui me concerne et pour les mêmes raisons évoquées par Christelle et Sébastien.

    Aimé par 1 personne

  4. Merci pour cet article très bien construit. Je reste moi aussi persuadée que ce test sert plus la société qui le propose que le client.
    Une de mes grandes cousines l’a fait pour elle et pour sa tante et cela montre que nous sommes à 88% anglais. Je savais que notre nom de famille était aussi en
    Angleterre. Mais cela pose plus de questions qu’il ne donne de réponse. Et pour l’arbre en l’état jusqu’à la révolution au moins on est français. Mais les enfants naturels n’aident pas à remonter… Et pour l’instant je suis plus concentré sur les souvenirs des vivants.

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour ce retour d’expérience. Cela renvoie toute la question de la pertinence de l’utilisation d’une origine ethnique. Si cela fait appel à des temps reculés, à quel moment cela peut-il coïncider avec des traces écrites? Si on s’intéresse un tant soit peu à l’histoire familiale, la génétique n’est effectivement pas d’un très grand secours.

      J'aime

  5. Finalement, cela dépend du généalogiste ; préfère t-il la vérité biologique ou la vérité papier, vérité papier qui peut s’avérer fausse lorsque le généalogiste chercheur a été adopté plénièrement (ou autre cas : PMA – GPA par exemple). Le test ADN permet de rectifier cette part d’inconnu (à moins de la refuser, le généalogiste souhaitant rester dans le déni). Mais pourquoi déplorer l’absence d’une position claire de l’Etat Français, qui interdit officiellement mais tolère en parallèle ?
    Il s’avère qu’à l’enterrement de mon père, des témoins m’ont rapporté qu’un homme est rentré en dernier dans l’église et qu’il est reparti à la fin. On m’a rapporté qu’il me ressemblait comme deux gouttes d’eau. Etait-ce un fils caché de mon père ? J’aimerai bien le savoir. Peut-être qu’un test ADN pourrait me faire découvrir cette vérité qui me turlupine ?

    J'aime

    • Merci beaucoup pour ce commentaire. Je suis très heureux que tous les avis puissent être représentés. Le choix de recourir à la génétique, bien qu’illégale en France, est à l’appréciation de chacun. Jamais je n’apporterai le moindre jugement sur ce choix. Nous avons tous des histoires différentes et donc des approches différentes. Deux remarques néanmoins. L’utilisation que vous faites du mot « vérité » diffère entièrement de la mienne. Vous considérez qu’elle ne peut être que biologique alors que j’estime que la seule vérité est celle de la famille, car c’est uniquement à travers elle qu’un individu se construit. Le XXIeme siècle a remis à plat ce concept de famille et lui a permis de s’affranchir des contraintes biologiques, que ce soit par les recompositions, l’adoption, la science ou par l’élargissement du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe. Quel que soit l’avis que l’on porte là-dessus ce sont des faits sociétaux. Le généalogiste qui n’opterait que pour l’aspect génétique pour lutter contre une forme prétendue de déni ferait quant à lui une négation de la structure familiale légale, qui est selon moi la vérité. Ensuite pour en revenir à l’ambiguïté d’Etat je pense qu’elle brouille les pistes et a une conséquence qui ne sera pas anodine dans le futur : la cartographie génétique de la population française par des sociétés privées. Interdire et tolérer en même temps c’est aussi laisser croire que des profanes peuvent aisément encaisser un test génétique soit-disant récréatif qui pourrait bouleverser leur vie. C’est donc fermer les yeux devant plusieurs risques pour ne pas mettre les moyens nécessaires car officiellement ce n’est pas autorisé.

      J'aime

  6. Hou la la, voilà le sujet touchy du moment 🙂 D’autant que je suis la première de tous tes commentaires à avoir fait un test… Il n’empêche que j’ai beaucoup apprécié la lecture de ton texte et la façon dont tu présentes le sujet. Et je respecte bien évidemment les choix de chacun tout en les comprenant. J’ai fait ce test par pure curiosité et surtout pour retrouver des cousins, sans y croire vraiment. Mais ça a fonctionné et je suis ravie d’avoir ‘matché’ avec un lointain cousin qui en plus détient de très vieux albums de photos de la famille. Si par hasard je découvrais un jour que untel n’est pas le père ou la mère de untel je pense aujourd’hui que c’est de toute façon l’arbre généalogique tel qu’on le construit au grès de nos recherches qui prime, celui de personnes qui ont vécu ensemble et partagé leurs quotidiens, leurs émotions, leurs joies et leurs peines. Quant à la divulgation de l’ADN… je comprends bien les risques. Je me dis juste qu’avec les moyens et les technologies actuels dont disposent ce que j’appelle les hautes sphères, si elles avaient vraiment besoin de mon ADN un jour pour je ne sais quelle raison, elles l’obtiendront d’une manière ou d’une autre, légalement ou illégalement. En tout cas bonne continuation dans ton challenge. Je n’y ai pour ma part pas encore croisé d’article que j’aurais lu à la va vite pour cause d’ennui !

    Aimé par 1 personne

    • Ces derniers mots d’encouragement me vont droit au cœur. Merci beaucoup par ailleurs pour ce retour d’expérience très concret puisque tu es effectivement une des seules à avoir franchi le pas. Les mots décrivant ta motivation font écho avec les échanges récents avec Christelle en commentaires : la curiosité a semble-t-il devancé le besoin généalogique dans ta démarche. Et c’est un point très intéressant.

      J'aime

  7. Avec un test ADN on donne à on ne sais pas qui votre « empreinte » génétique, mais aussi la moitié de celle de vos parents, de vos frères et sœurs, et surtout de vos enfants… et un quart de celle de vos petits enfants… Cette empreinte peut être diffusée et enregistrée par d’autres acteurs.
    Maintenant imaginez votre pays sous occupation, ou sous dictature (l’histoire en est pleine, nous n’en sommes pas immunisés)… si les résistants combattant utilisaient des noms de bataille c’était pour protéger leurs proches et ne pas les faire devenir cible de représailles… or la connaissance de l’empreinte génétique (même partielle) rendrait l’anonymat impossible.

    Aimé par 1 personne

  8. Effectivement, la fiabilité de l’analyse ADN, l’intérêt et la confidentialité, ne donnent pas très envie de se lancer dans l’aventure.
    Mais pour ma part, ma branche paternelle s’arrête au milieu de 19e siècle avec un changement de pays et l’absence totale d’archives permettant de faire le lien. C’est le cas, par exemple, des descendants d’esclaves ou d’engagés. Nous cherchons tous, au minimum, à savoir de quelle région du pays d’origine nous venons. Et pourquoi pas, trouver un lointain cousinage… La fonction de comparaison des séquences d’ADN qu’offre certains sites est un espoir de satisfaire ce souhait.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s