#ChallengeAZ (2019) – H comme Hyères

Image d’illustration – Source : Dominique Devroye / Pixabay

H comme Hyères, évidemment.

Sur le papier, l’idée était parfaite. Trop parfaite, certainement. Hyères est la ville-phare de la moitié de mon arbre généalogique. On peut dire que je me suis mis une sacrée pression.

En plus d’être une des villes dans lesquelles j’aurai passé le plus de temps dans ma courte histoire, Hyères est une pierre angulaire de l’histoire de ma famille. Tout y converge jusqu’au mariage de mes propres parents.

Mais quand il faut choisir un angle de présentation, la profusion de possibilités génère paradoxalement l’angoisse de la page blanche.

Je reprends ma respiration. Je ferme les yeux. Et très vite les images défilent.

Lorsque l’esprit vagabonde, il hante les lieux de ma mémoire, il parcourt des espaces vides, ne laissant place qu’au vertige de l’imaginaire. La ville d’Hyères est de ces lieux.

Porte de la Rade – Source : Pierreangy – Licence

Comment évoquer mon rapport à la généalogie sans avoir un mot pour la cité des palmiers. En analysant mon arbre, on a la sensation étrange qu’une force étrange a poussé une grande partie de mes ancêtres à y vivre, à s’y marier, à y décéder, bref à y fonder une descendance.

Fataliste de nature, j’ai tendance à croire que nos actes sont écrits. Vous conviendrez que des actes écrits, c’est la routine en généalogie. Ceci dit, j’ai bien conscience que le passé semble toujours prendre une tournure scénaristique bien ficelée lorsqu’on l’étudie avec les yeux du présent.

Et puis, avouons-le, être fataliste, c’est avant tout être égocentrique. C’est s’imaginer que depuis la nuit des temps, la nature a mis en place une formidable organisation afin de s’assurer qu’un beau jour du XXème siècle ma petite personne allait venir au monde. Un formidable dessein dont je serais l’aboutissement. H comme Hyper-mégalo? Non, donc revenons à notre sujet de départ : H comme Hyères.

Source : Google Maps

Pour ce faire, schématisons mon ascendance côté maternel. Il s’agit d’un savant cocktail entre familles historiques hyéroises, émigrés italiens cherchant à Hyères un nouveau départ et de nomades français, principalement vauclusois, hauts-alpins, bucco-rhodaniens voire manchois ayant choisi de s’établir sur la côte.

Souvent je m’interroge. Pourquoi avoir choisi Hyères, à plus de 150km de la frontière franco-italienne, à 200km de Gap ou 140km de Cavaillon? Je n’ai pas la réponse à cette question, mais pour autant je pense que celle-ci mérite d’être posée. J’imagine les villes côtières provençales ressemblant beaucoup à la configuration hyéroise, autrement dit un mélange de locaux et d’immigrés italiens. Alors pourquoi plus Hyères que les autres?

Place Massillon (vue panoramique) – Source : Bichot from Paris – Licence

Le Hyères que je vois les yeux fermés, il part du Centre Historique, il surplombe la rade comme la Collégiale St-Paul. Il invite à s’arrêter en terrasse Place Massillon, sous le regard bienveillant de la Tour des Templiers. Mon Hyères il serpente sur les pavés, sous les porches, il se faufile sous la porte de la Rade. Le Hyères de mon enfance il danse Place de la Rade, aujourd’hui renommée Place Clémenceau. Une fois trempé par l’eau des fontaines, il part chercher du calme Place de la République et se recueille en pensant aux disparus dans l’Eglise St-Louis.

Le Hyères derrière mes paupières, il a la couleur des marchés de Provence, de ces camelots arrogants qui forcent leur accent pour appâter les touristes. Il a la brûlante douceur du soleil du milieu de matinée.

Mon escapade hyéroise elle courrait jusqu’à la fameuse Voie Olbia, l’actuelle avenue Ritondale. Elle irait découvrir les plantes et saluer les canards dans le Parc Olbius Riquier.

Parc Olbius Riquier

Puis elle monterait en voiture direction le littoral. A l’Ayguade, elle jouerait au Tiercé, débattrait des matches du week-end passé, de celui à venir et elle irait régler tout cela autour d’une partie de pétanque.

Puis elle reprendrait la route, Boulevard du Front de Mer, peut-être à vélo sur la piste cyclable. Elle irait aux Salins d’Hyères acheter le journal. Le mistral aurait l’odeur du sel, des marais salants qui font passer la plage pour un isthme, coincée entre cette eau stagnante et néanmoins grouillante de vie et une mer souvent agitée, parfois calme.

Ce chemin, il nous conduirait jusqu’à La Londe où nous prendrions le bâteau, direction les Îles d’Or. A Porquerolles, j’aurais la couleur turquoise de la plage de la Courtade, le sable rayonnant de la plage d’Argent. Puis je deviendrais zone protégée à Port-Cros, les yeux grand ouverts sur la nature. Ces yeux je les fermerais en arrivant au Levant… un peu de pudeur voyons!

La Tour Fondue – Source : Armin Kübelbeck – CC-BY-SAWikimedia Commons

Je me réveillerais sur un banc face à la Tour Fondue de la Presqu’île de Giens. Je reviendrais sur mes pas en jetant un regard vers Costebelle et Notre-Dame-de-Consolation qui me dominerait. Ici je prendrais l’avion et verrais tout mon périple d’en haut.

J’ouvre à nouveau les yeux, mon arbre généalogique déployé face à moi. Et je comprends. Je comprends pourquoi ces destins ont choisi leur terminus à cet endroit.

Toutes ces branches me font face. Leur Hyères était bien différent du mien, certes. Mais mon voyage intérieur est la conséquence de leurs voyages extérieurs.

J’entends Clarisse Righi poser ses valises, à peine débarquée de son Montefiorino natal, attendant pour les ouvrir que je parvienne à la lettre Q. J’entrevois Louis Daumergue (le père de François Fortuné) ramenant un peu de son Vaucluse. Je fais un clin d’oeil à Jean-Baptiste Ramella, qui se fait beau à l’approche de la lettre R qui parlera de sa vie. Autour d’eux, s’agitent les Pument, installés sur place depuis des temps immémoriaux.

Alors quoi de mieux que de devenir leur relais dans une époque qui oublie souvent qu’il existait un avant.

Retranscrire le Hyères d’hier.

H comme Hyères, évidemment.

20 commentaires

  1. Tout pareil, je ne connais Hyères ou ai-je dû y passer toute petite avec mes parents ? C’est possible mais alors cela date d’une cinquantaine d’années, toute une histoire 🙂 ! Et quelle belle histoire que tu nous racontes là autour de ta ville et de ses alentours, un plaisir de te lire. Merci

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