#ChallengeAZ (2019) – J comme Juste avant le chaos

Image parFree-Photos de Pixabay

Parcourir les vieux albums de photos est un plaisir sans cesse renouvelé. Qui plus est quand vous finissez par tomber sur une petite pépite.

Voici donc que je parcours la page dédiée à mon arrière-grand-père François Daumergue, lorsque je découvre une photo qui attire mon regard. Pris d’une certaine curiosité, je décide de trouver un indice me permettant de déterminer l’année et le lieu d’un tel cliché.

François est le soldat le plus à droite. Source : Archives familiales

En retournant la photo, ô surprise! Il s’agit en fait d’une carte postale, dont le contenu est un petit bijou pour le généalogiste que je suis.

Source : Archives familiales

Retranscription :

« Chers parents,
J’ai reçu votre lettre avec plaisir mais avec beaucoup de la peine que cousine Marie est morte car je ne m’attender pas a une nouvelle comme ça. Dites moi un peu s’il faut que je porte le deuil car je le porterai au moins pour la Noël en allant à la maison. Je vous envoie ma photographie en tenue de campagne avec mes camarades de chambrée nous allions partir pour la marche manoeuvre avec le sac chargée. Donner le bonjour à tous les amis ainsi qu’à tante Thérèse je vais envoyer la même à Mme Pescio. Je ne vois plus grand chose à vous dire pour le moment à la Noël je l’espère. Vivement que l’on quitte le sac car le sac s’est pour les mulets. Je termine ma carte en vous embrassant du fond du coeur. Votre fils qui vous aime. François »

François écrit donc une lettre touchante à ses parents, où l’on comprend qu’il a été affecté par le décès d’une certaine cousine Marie, qu’il en a marre de porter des sacs et qu’il a hâte de retrouver ses parents à Noël.

Arrêtons-nous quelques instants sur la photo.

François Daumergue (SOSA 14) est de la classe 1912. Le 01/10/1913, il intègre le 24ème Régiment d’Infanterie Coloniale. On peut constater facilement le nombre « 24 » qui orne le col des soldats photographiés.

François Daumergue

Grâce au site Chtimiste, j’ai pu retrouver une photo issue de soldats du même régiment, prise dans un endroit similaire, présenté comme la Caserne St Martin de Perpignan.

Source : www.kikiarg.free.fr

En approfondissant la recherche sur ce lieu détruit à ce jour, le site www.kikiarg.free.fr, cette intuition a été confirmée.

Le 24ème R.I.C. a bien ses quartiers à la Caserne St Martin de Perpignan, et ce jusqu’à la mobilisation générale en août 1914.

En jetant un oeil à l’architecture de l’intérieur de la caserne, on reconnaît les arcades devant lesquelles François et ses camarades ont été pris en photo.

Source : www.kikiarg.free.fr

François évoquant les fêtes de Noël, la carte postale a donc été rédigée entre octobre et décembre 1913.

Nous sommes donc à quelques mois du grand chaos mondial. Malgré les malheurs de la vie, on sent poindre une certaine insouciance dans l’écriture. François en a hâte de « quitter le sac » qui est « pour les mulets ». L’histoire va malheureusement lui laisser porter le sac encore quelques années.

Mais qui est donc la cousine Marie, dont le décès a tant peiné François?

Quand on reprend la chronologie de la carte postale et des informations citées, on comprend rapidement que le décès de Marie date également du dernier tiers de l’année 1913, puisque François l’a découvert par courrier alors qu’il était déjà parti pour Perpignan.

La mère de François Daumergue, Marie Rose RAMELLA, a un frère, Gustave, qui va engendrer Justin Ludovic en 1899, puis Marie Françoise en 1901. Puis quelques années plus tard naîtra Magdeleine Marcelle Thérèse.

La petite dernière va décéder le 13/02/1907.

Marie Françoise, la deuxième de la fratrie, va, quant à elle, décéder moins de deux semaines avant de souffler ses douze bougies, en décembre 1913. C’est bien elle qui fera l’objet de cette carte postale.

On comprend d’autant mieux ce qui a pu émouvoir François, impuissant face à cet événement loin de ses terres.

Ce malheur n’allait être que le prémisse de tant d’autres pendant les cinq longues années que durèrent le conflit. Malgré une blessure à la plèvre, François en ressortit vivant et avec les honneurs d’une médaille militaire.

Mais tout ceci est une autre histoire.

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