#ChallengeAZ (2019) – O comme Occupants envahissants

Image par Clker-Free-Vector-Images de Pixabay

12 mai 1943 – avenue Gambetta, Hyères

François remonte l’avenue, d’un pas décidé. L’air préoccupé, son visage exprime l’agacement et la détermination d’un homme que les événements de ces derniers jours ont mis hors de lui.

La Provence est occupée. Mais la particularité locale est que l’occupant n’est pas allemand mais italien. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose? François n’est pas spécialement disposé à en discuter. Il est excédé.

Et c’est justement l’occupant qui l’a mis dans tous ses états.

A la base, il n’a pas grand chose contre les Italiens. Hyères est depuis des décennies le théâtre de la recontre de locaux et d’immigrants italiens venus s’y établir. Par ailleurs, sa femme Clarisse est italienne. Le propre grand-père de François, Jean-Baptiste Ramella a combattu pour l’unité italienne. Non, très sincèrement, l’Italie fait partie des meubles chez lui. Même s’il paraît évident que les intentions de ces Italiens-là, les soldats de Mussolini, ne sont pas les mêmes que celles des familles qui ont posé leurs valises ici jadis.

Avenue Gambetta
Source : thl100 sur GeneanetLicence

« Ceux-là, ils me sortent par les yeux », grogne François, la bouche crispée sous sa moustache.

5 avenue Gambetta. Il est arrivé.

Louis Pascal, huissier, l’accueille dans son étude et l’invite à s’asseoir. Bien installé, François prend sa respiration et livre tout ce qu’il a sur le coeur.

Novembre 1942 – Hyères, quartier de l’Ayguade

François possède une cabane parmi une petite douzaine de cabanes dans le quartier de l’Ayguade. Régulièrement il aime s’y rendre pour se détendre.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il vit ces soldats… dans sa cabane!

C’était courant en temps de guerre : il s’était fait réquisitionner son bien par les troupes occupantes. Décidemment, la guerre était vraiment la période de toutes les violences. Il y avait certes la violence physique dont lui-même avait pu faire les frais lors de la Première Guerre Mondiale. Violence dont on porte les séquelles toute sa vie.

Mais une violence non négligeable est la violence psychologique de la guerre. Certes, ce n’était qu’une cabane, mais c’était sa cabane. Et au-delà de ça, des soldats avaient décidé de le priver de la détente que ce lieu pouvait représenter. Et c’était là le plus dur à accepter : se voir priver de sa liberté.

Ce jour-là François partit sans demander son reste, frustré et vexé.

12 mai 1943- avenue Gambetta, Hyères

« Monsieur Daumergue, je vais avoir beaucoup de mal à demander à l’occupant de libérer les lieux, vous le savez bien. »

François fixa l’huissier et lui fit comprendre que son récit n’était pas fini et que l’histoire ne s’arrêtait pas là.

Il s’éclaircit la voix. S’il s’était décidé à venir voir l’huissier c’est que cette fois-ci cela avait été trop loin. Qu’on le prive de son bien et de sa liberté était une chose. Mais il ne devait pas non plus être le dindon de la farce.

Ils partirent tous les deux à l’Ayguade pour constater les faits.

« C’est celle-ci », déclara François en désignant la petite bâtisse du doigt. Accompagné d’un soldat italien, l’huissier comprit la colère de son visiteur du jour.

« De cette cabane partent des fils électriques allant vers douze autres cabanes se trouvant aux environs immédiats. Ces cabanes ont été occupées par divers soldats de régiments différents et le sont encore » écrira Louis Pascal dans son Procès-Verbal de constat.

La raison de ces branchements sauvages était évidente : François était le seul à posséder une cabane raccordée à l’électricité à l’Ayguade. Les soldats ayant décidé de s’établir dans le quartier, ils souhaitaient disposer de tout le confort moderne. Se faire spolier de son bien passait encore, mais il était hors de question de payer pour tout le monde.

Il avait été prévenu par un ami. En se rendant sur place, il avait essayé de plaider sa cause auprès des soldats, mais rien n’y fit. Voilà pourquoi il s’était résolu à faire valoir ses droits auprès d’un huissier.

Le 17 mai, un courrier allait être rédigé à destination de la Compagnie d’Electricité du Sud Est afin d’indiquer que François ne pourrait pas être tenu responsable de la consommation d’électricité des treize cabanes occupées.

François croiserait les doigts et prierait pour que la solidarité nationale ne fût pas devenu un vain mot en ces temps d’occupation.

François Daumergue –
Source : Archives familiales
Source : Archives familiales

7 commentaires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s