Corentine ou comment écrire sur un aïeul #meslectures

Quand le récit de la grand-mère de Roselyne Bachelot nous renvoie à notre propre manière de restituer la vie de nos ancêtres

Qui parmi les généablogueurs n’a pas rêvé un jour de rédiger un livre sur un de ses ancêtres, à la fois hommage appuyé de cet aïeul et couronnement de mois voire d’années de recherche?

J’en parlais lors de l’article d’introduction à ce blog, c’est évidemment quelque chose que j’envisage à terme.

Si le résultat paraît simple à se figurer, l’équation de l’écriture, quant à elle, n’est pas évidente à résoudre.

En premier lieu : qui sera le protagoniste? Vu la population qui orne nos arbres, ce n’est pas le choix qui manque. Et c’est justement cette profusion qui rend la décision corsée. Pourquoi untel plutôt qu’un autre? Derrière ce choix cornélien se cache en réalité le message et l’angle que l’on veut donner à notre récit.

Décrira-t-on de la même façon la vie quotidienne d’un paysan du XVIIIème, né, marié et décédé dans son village ou celle d’un armurier du XIXème quittant ses terres pour reconstruire une nouvelle vie loin des siens?

Au-delà de la description d’une époque et d’événements de la vie, notre aïeul va très vite devenir l’archétype de ce que la légende familiale, nos souvenirs (pour les plus récents) et/ou notre interprétation de chercheur s’en seront faits comme représentation.

Et que faire de ces passages sombres, méconnus ou inconnus? Faut-il les occulter ou au contraire les imaginer?

Roselyne Bachelot joue franc-jeu d’emblée : « Cette histoire est presque un roman ». Elle assure que toutes les anecdotes et personnages sont réels mais la nature de leurs pensées intimes est de son interprétation.

Sans être généalogiste elle-même, du moins sans le revendiquer, elle touche du doigt la limite de notre discipline qui consiste à jongler avec des documents officiels très objectifs et très factuels sans savoir (à quelques exceptions près) ce que les personnes citées sur ces vieux papiers en pensaient réellement.

Certains articles du #ChallengeAZ (je pense notamment à Sébastien ou Marielle) ou même du #RDVancestral tentent de s’immiscer dans les sentiments et opinions d’ancêtres sur leur époque et parfois même sur la nôtre.

A titre personnel, j’ai été plus que surpris que le fait marquant de mon article sur la lettre L de cette année devienne la réaction finale de mon arrière-grand-mère, complètement imaginée, au-delà du fait divers que je souhaitais mettre en avant. Cela m’a fait beaucoup sourire mais m’a également donné à réfléchir au sujet de l’impact des émotions sur nos opinions rationnelles.

Alors lorsque le Père Noël m’a apporté cette année le récit de Roselyne Bachelot sur sa grand-mère Corentine, je me suis interrogé sur le parti pris émotionnel d’écrire sur un ancêtre si proche qui plus est lorsqu’on l’a connu.

Une chose est sûre : ce livre a été une excellente surprise. Le style est précis et prenant. A une époque où il est de bon ton, surtout pour des anciens politiques, de balancer sur d’anciens amis ou sur un système, je trouve qu’il est tout à l’honneur de l’ancienne Ministre de dédier un livre entier à sa grand-mère, qui plus est maintenant qu’elle ne prétend plus à aucun mandat.

Corentine Sinou est un vrai personnage de roman, une héroïne à la Zola. Dire que la vie ne lui a pas fait de cadeau est un doux euphémisme. Fille d’un journalier, puis domestique au service de familles diverses et variées, elle a développé très vite une intelligence des relations humaines et une humilité sans égale, clés de sa survie dans un milieu bourgeois très élitiste et méprisant à l’égard des petites gens.

C’est paradoxalement dans ce milieu qu’elle fera la connaissance de Jules qui lui offrira deux nouvelles clés : la lecture et l’amour. Mais la Grande Guerre aura raison de ce havre de paix. Corentine saura alors qu’elle ne pourra plus compter que sur une seule chose : sa détermination.

J’ai vraiment adoré ce livre. Le lecteur est embarqué dans l’histoire du début à la fin. On y apprend beaucoup sur les traditions et la culture bretonnes qui m’étaient étrangères jusqu’ici. Mais également sur la perception que le petit monde parisien avait des Bretons au début du XXème siècle. C’est une très belle leçon de vie qui est mise en avant. Je le conseille vivement.

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