[Périple sur le Plat] – En route vers le #SOSA2020 – Episode 3

Photo de Suzy Hazelwood sur Pexels.com

Les conclusions du cambriolage sont sans appel : absolument rien ne m’a été dérobé. Et pourtant, entre ma tablette numérique dernier cri, et l’argent liquide simplement posé sur le meuble de la cuisine, ce n’étaient pas les occasions qui manquaient de partir avec un petit souvenir.

Comme si l’objet réellement convoité n’était pas présent aux moments des fouilles. Le terme « convoité » passe évidemment pour un doux euphémisme, vu le saccage pur et simple de mon mobilier.

Qu’avais-je pris avec moi pour partir à la bibliothèque? Mon ordinateur et… mon livre. Plus je rassemble les éléments dans mon esprit, et plus cela devient limpide : tout ramène à la librairie, à ce libraire, et à ce livre. La librairie et le libraire semblant s’être volatilisés par je ne sais quel miracle, il me reste donc à décider du devenir de l’ouvrage.

L’état du livre est un paradoxe à lui tout seul. Autant la couverture est vieillie et poussiéreuse, autant les feuilles qui composent l’arbre dépliant paraissent neuves. C’est vraiment incroyable que ce bouquin ait traversé les siècles sans qu’aucun ne se soit arrogé le droit d’y noter sa lignée jusqu’au SOSA 2020.

Et finalement c’est peut-être ça qui en fait sa valeur et qui suscite les convoitises les plus extrêmes : il est immaculé. Alors me vient une idée radicale pour que tous les événements des derniers jours cessent. Je vais le rendre inutilisable pour tout nouvel acquéreur en y inscrivant mes propres ancêtres.

Reprenons : Clarice RIGHI, fille de Maria Carolina PAGLIA, elle-même fille de Teodora SASSATELLI, dont le père n’est autre qu’Antonio SASSATELLI. Au moyen de ma plus belle écriture, je personnalise donc définitivement l’arbre généalogique de ce vieil ouvrage en finissant par l’état actuel de mes recherches : le SOSA 126.

Un énorme bruit retentit dans le salon au rez-de-chaussée, et du bureau à l’étage où je me trouve, je jurerais que la détonation ne s’est produite qu’à quelques mètres de moi tant son intensité était importante. Je me munis de mon téléphone portable, prêt à rappeler la gendarmerie et passe un oeil discret en haut de l’escalier.

Il y a quelqu’un en bas.

Mon cerveau organise un petit référendum interne concernant l’attitude à adopter, et les résultats sont sans appel : je fais preuve de mon plus grand courage en allant me cacher sous le lit de la chambre, au même étage que moi, le livre sous le bras, complètement paralysé par le stress.

J’entends la première marche de l’escalier qui grince. Il monte. La tension est à son comble. Je pourrais retranscrire sur une partition les notes générées par le sifflement de sa respiration sur le rythme effrené de ma pulsation cardiaque, tant je suis focalisé sur le moindre bruit.

Il est en haut. Il s’arrête et semble réflechir. Il fait quelques pas et entre dans la chambre. Je vois ses pieds, stationnés à quelques centimètres de moi. Je ne saurai expliquer pourquoi, au moment où l’angoisse est à son zénith, je me mets alors à regarder fixement ses chaussures. Pas de la première jeunesse, assurément.

Alors c’était donc lui, celui qui me harcelait depuis des jours? C’était donc son oeuvre ces coups de fil intempestifs, et toute cette mise en scène pour transformer mon quotidien en cauchemar? Tout cela pour un bouquin? Pour un arbre généalogique? Est-ce bien sérieux?

J’ai l’occasion de tout arrêter. Là. Maintenant. Il suffirait de lui donner ce qu’il veut. Surtout que maintenant que j’ai écrit dedans, il ne voudra certainement plus l’avoir et oubliera rapidement cette idée insensée. Fin de l’histoire.

Oui, mais pour cela il faudrait sortir de ma cachette et qui sait la réaction qu’il aura? Non ce n’était pas moi qu’il fallait montrer, mais le livre. Je profite de sa position figée pour glisser discrètement l’ouvrage devant ses pieds. Attendons la suite. L’inconnu se décide soudain à bouger et manque de trébucher. Il marmonne des injures incompréhensibles et sort de la chambre, visiblement très agacé.

Et le livre est toujours là. Il n’en veut donc pas. Quel est le plaisir malsain de venir saccager la maison d’un inconnu gratuitement? Je profite de son éloignement pour aller prendre mon téléphone portable posé sur ma table de nuit et retourne dans ma cachette. Cela a trop duré : j’appelle la gendarmerie.

C’est fou comme cette sonnerie me paraît longue. Au moment où je m’apprête à avoir un interlocuteur, un craquement derrière moi me fait sursauter.

Il m’a trouvé.

[A SUIVRE]

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