[Périple sur le Plat] En route vers le #SOSA2020 – Episode 4

Photo de Aidan Roof sur Pexels.com

« Que… que me voulez-vous? »

L’homme ne répond pas. Il me scrute de haut en bas avec une intention que j’aurais du mal à définir en l’état. Que cherche-t-il? Vraisemblablement pas le livre posé à nos pieds, à mon grand étonnement. Je retente ma chance.

« Pourquoi êtes-vous chez moi? »

Ma phrase part dans les aigus, preuve de ma nervosité, que je cherche pourtant à maîtriser. Son regard se relève. Ses yeux sombres plongent dans les miens. Puis subitement, il pose son index sur mon plexus. Une goutte de sueur perle sur ma tempe. Après quelques secondes d’incompréhension, je réalise le sens de son geste et cela me glace le sang.

Je suis la raison de sa venue.

Il agrippe brusquement ma main et la serre comme s’il souhaitait me saluer. Un courant d’air traverse immédiatement la pièce, si bien que je vérifie que la fenêtre derrière moi n’est pas restée ouverte. Lorsque je reviens à lui, il a disparu.

Autour de moi, je ne reconnais rien. Mon lit s’est volatilisé. Les murs ont laissé la place à un étrange paysage fait de collines proches et de montagnes lointaines. Perché en haut d’une butte, je surplombe un village en contrebas. Où suis-je?

Sentant la panique me gagner, je scrute les alentours à la recherche d’une explication. Je me retourne et il est là, les yeux fixés sur le moindre de mes gestes, l’air étonnamment satisfait. Puis la chambre réapparaît progressivement autour de nous. Il lâche ma main.

Pris d’un vertige incontrôlable, je bascule en arrière. Une main se plaque dans mon dos. Aussi bizarre que cela puisse paraître, il me retient pour m’empêcher de tomber. Il m’aide progressivement à m’asseoir sur le sol, le dos posé contre le rebord du lit. Qui est donc cet homme? Et pourquoi tant de bienveillance dans ses gestes?

J’ouvre les yeux. Je suis dans mon lit. Il est 5:35. Je cherche autour de moi. Rien. Personne. Quel étrange cauchemar. Tout semblait si réel. Je me tourne pour me relever, lorsque je bute contre un objet posé sur les draps. Le livre. Ce fichu livre qui ne me quitte plus, même au bout de la nuit.

Je me repasse les images en boucle et peine à les comprendre. Cet homme. Ce paysage. Ce village. J’en conclus qu’on sous-estime souvent les capacités cérébrales à recréer des réalités alternatives et cet exemple nocturne en est la preuve. Je décide de me lever.

Alors que n’importe qui de sensé aurait préféré prendre l’air pour passer à autre chose, une force inexplicable me pousse à reprendre mes recherches généalogiques sur-le-champ. Ce livre ne m’a pas révélé tous ses mystères et tant que je ne parviendrai pas à lever ce voile, je serai contraint d’y retourner encore et encore. Drôle de pathologie que l’addiction aux ancêtres…

Où en étais-je?

Voilà. SOSA 126. Antonio Sassatelli. L’idéal pour pouvoir atteindre le SOSA 252, son père donc, serait de mettre la main sur l’acte de décès d’Antonio. Après une vingtaine de minutes, c’est chose faite.

Acte de décès Antonio Sassatelli – source : Antenati

J’apprends qu’Antonio est charpentier (falegname), qu’il est le mari de Vittoria Marianna et que ses parents s’appellent Rosa et… Silvestro. Je tiens donc mon SOSA 252!

En revanche, c’est bien la première fois que je vois le nom de cette localité : Casola. Comme j’en ai pris l’habitude, je vais me repérer géographiquement en utilisant les outils modernes de localisation.

Casola, tout comme Vitriola, est à nouveau une des composantes de la commune de Montefiorino. Je passe en mode « Street View » afin de me balader virtuellement dans ce village. J’aime cet angle de vue, car de cette manière on réalise plus facilement l’environnement et les reliefs.

Mais brusquement, je recrache mon café.

Source : Google maps

Cette vue… ce relief…

Je sens soudainement une main se poser sur mon épaule. Pris d’un sursaut, je me retourne. Il est toujours là. Le sourire aux lèvres, il a cette capacité à me faire parvenir des messages par son regard, sans prononcer le moindre mot.

Et tout commence à prendre forme dans mon esprit. Cette bienveillance. Le fait qu’il soit venu pour moi. Cette vue qu’il m’a communiquée par une sorte de télépathie. Vue similaire que je retrouve à l’instant en naviguant sur Internet. Et cette arrivée brutale dans la maison, sans que je n’ai pu constater la moindre effraction, au moment même où je griffonnais dans le livre généalogique. Et que je venais tout juste d’écrire… Serait-ce possible?

« Antonio? », dis-je d’une voix tremblotante.

L’homme hocha la tête de haut en bas, pris d’un soupir de soulagement.

[A SUIVRE]

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