A mon bon souvenir

Photo de Maria Tyutina sur Pexels.com

Comme un de ces soirs où l’air brûlant suinte d’une odeur de feu sauvage se consumant au loin. Comme en ces nuits où jamais l’air étouffant du jour ne relâche son joug. L’esprit se surprend alors à la rêverie et à l’éloignement d’une enveloppe charnelle ruisselante, devenue un véritable fardeau. Car l’esprit peine à être confiné.

Recentrez-le sur l’essentiel et l’esprit s’atrophiera peu à peu pour laisser place à la routine et aux tracas du quotidien. Coupez-lui les ailes et il peinera à faire fi des considérations terre-à-terre. On a répété à corps et à cris qu’on manquait de temps. On s’était fourvoyé : on manquait d’espace.

Comme un de ces soirs, ce soir en particulier où prenant ma plume, je les vis. Combien étaient-ils? J’aurais bien été incapable de le dire. Ce dont j’étais sûr, c’est qu’ils étaient là pour moi. Je ne les remarquais pas immédiatement. C’est une toux suspecte parmi eux qui me fit sursauter en ces temps pandémiques.

Ils vinrent en groupe pour observer mon travail et ma conclusion immédiate fut que la distanciation sociale était passée de mode. D’un bond je quittais mon bureau. Je manquais d’espace. Un brouhaha de rires se fit entendre. Cette chaleur. Ce mouvement brusque. Il n’en fallut pas plus. Noir.

Une brise légère caressa mon visage couché au sol dans un décor informe et vide. L’air était nourrissant, respirable, bonifiant. Après m’être relevé, la première question qui me traversa concernait le temps que j’avais pu passer allongé et inconscient. Peu importe. Ici le temps n’existait pas, n’existait plus. Seul comptait l’espace et notre manière de l’occuper.

En me rapprochant du bureau, j’eus une envie terrible de vous raconter des histoires. Et l’espace sans vie devint accueillant. Il se transforma en un grand jardin dans lequel s’allonger, il se fit salle de lecture des archives départementales. Il regorgea d’histoires et d’anecdotes sentant le vieux papier et l’encre sèche. Il se gorgea soudain d’effluves méditerranéennes dans un décor alpin de fumée de hauts-fourneaux qui ne demandaient qu’à accoster sur la presqu’île du Cotentin, battant pavillon italien. D’abord informe le décor déborda de folie, d’incohérences d’anachronismes. De vie.

Ils étaient toujours là, satisfaits. Je ne les avais pas oubliés. Jamais je ne les oublierai.

En regardant ma feuille, des mots avaient été griffonnés.

« Nous sommes déconfinés nous aussi. On repart en voyage? »

Sacrés ancêtres…

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