#ChallengeAZ (2020) – A comme A jamais

Image par Mariana Anatoneag de Pixabay

25/05/2020. Un jour comme un autre dans la routine du monde.

Et pourtant. Voici qu’à l’âge de 36 ans je viens de perdre le dernier représentant de la génération de mes grands-parents. Je mesure ma chance d’avoir pu connaître mes SOSA 4, 5, 6 et 7 pendant une grande partie de ma vie, quand d’autres n’en ont jamais connu un seul. Il n’empêche que je me fiche pas mal de la chance à cet instant précis.

Quand on perd un grand-père, une grand-mère, c’est un pan de notre enfance qui s’effondre. Une part de ce temps où l’insouciance protège les rires et les jeux de la crainte du lendemain. Un aïeul renvoie à notre propre passé, cette graine qui a germé en nous pour construire l’adulte que nous sommes.

Mais ce qui m’empêche de fermer l’oeil ce soir, ce sont les paroles de mon père : « Encore une bibliothèque qui s’effondre. C’est à ce moment-là qu’on réalise qu’on aurait dû lui poser encore tellement de questions. Mais désormais c’est trop tard ».

Rien ne résiste évidemment à cette érosion naturelle du temps qui passe sur nos corps, sur nos proches, sur nos vies. On peut nommer ça la fatalité ou l’obsolescence programmée de nos êtres. On peut se lamenter, regretter, se morfondre : nous n’y changerons rien. Heureusement, l’humanité a vite pris conscience de son éphémérité, et a créé des moyens d’aller défier les Dieux sur le terrain de l’immortalité. Parfois sans grande réussite, mais souvent avec brio il faut bien le reconnaître.

Allez savoir d’où me vient cet esprit de contradiction, mais j’ai envie de répondre à mon père qu’il n’est pas trop tard.

Mon grand-père paternel était un pur produit du Nord Pas-de-Calais. Né en 1930, il a vécu ses plus belles années à une époque où l’industrie nordiste était à son apogée. Tellement loin de l’image des Hauts-de-France gangrénés par le chômage, conséquence de ces anciens fleurons devenus friches industrielles sans espoir de reconversion.

Son histoire et celle de sa famille se calquent donc parfaitement sur l’histoire de cette région, de ses métiers, de ses femmes et de ses hommes qui l’ont précédé. Ou finalement est-ce l’inverse? N’est-ce pas plutôt l’histoire de toutes ces familles qui a fait la grande Histoire de cette région?

Durant ce mois de novembre, je vous parlerai donc du Nord que je n’ai pas connu, de ce temps que les moins de 100 ans ne peuvent pas connaître. Nous cheminerons au travers des yeux des familles issues de ma branche paternelle, de leurs métiers à leurs lieux de vie, héritages d’une époque révolue, afin de les faire revivre à ma manière.

Car il n’est jamais trop tard.

21 commentaires

  1. Toujours un grand plaisir de te lire et des mots qui résonnent si forts « C’est à ce moment-là qu’on réalise qu’on aurait dû lui poser encore tellement de questions. Mais désormais c’est trop tard »

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  2. Quelle magnifique entrée en matière.
    La perte d’un être cher est une épreuve douloureuse. Je trouve très émouvant et beau que tu transforme cette douleur en hommage. Tu m’as vraiment donné envie de découvrir l’histoire de cette région. Merci. J’ai hâte de te lire.

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  3. J’ai perdu les miens (2 sur les 3 que j’ai connus) à l’âge de 42 ans. On a beau l’accepter parce que c’est dans l’ordre des choses, la peine n’en est pas moins vive. Maintenant, je m’emploie à rechercher leurs ancêtres: ça me donne l’impression qu’ils sont tout près 🙂
    Mais c’est vrai qu’il y a mille questions que j’aimerais leur poser…

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