#ChallengeAZ (2020) – H comme Homme de Fer(s)

Ste Catherine, Pas-de-Calais – 26 avril 1824 (*)

Les gestes sont millimétrés. La moindre hésitation pourrait conduire à l’accident. D’abord il plie la jambe de telle façon à ce que le sabot soit tourné vers le haut. L’apprenti lui tend le dérivoir, puis la tricoise. Et le temps de le dire les clous puis le sabot sont retirés. La corne qui a poussé est taillée au rogne-pied.

L’apprenti, qu’on appelle par ici le garçon maréchal-ferrant, a les yeux rivés sur son maître. Aimable Joseph CAPRON surprend ce regard admiratif au travers des volutes de fumée provoquées par la pose du fer rougi sur le pied de l’animal.

Le cheval est nerveux. La présence de mouches l’irrite et ses mouvements se font de plus en plus secs. L’apprenti les chasse efficacement, et la pose du fer peut continuer dans un calme retrouvé. Aimable observe son apprenti avec un oeil bienveillant, presque paternel.

Son maître de l’époque, qui avait son humour, avait éclaté de rire en s’imaginant qu’un CAPRON allait ferrer les chevaux. Ce qu’il faut comprendre derrière cette finesse capillotractée, c’est que le nom de famille CAPRON renvoie à celui qui fabrique les chapeaux. Et visiblement ça valait un bel éclat de rire.

Davier pour molaire supérieure de gauche / Davier à bec de faucon – Manuel de dentisterie opératoire (Kirk, Edward C.) – Source : BIU Santé Médecine

Au-delà de cette anecdote, Aimable devait tout à ce maître, celui qui lui avait fait comprendre justement qu’un maréchal-ferrant c’était bien plus qu’un ferreur d’équidés. Un animal ça s’écoutait, ça se comprenait. Capable de jouer les vétérinaires plus souvent qu’à leur tour, il leur était aussi arrivé d’arracher des dents récalcitrantes et infectées à des riverains au moyen d’un davier.

Un maréchal-ferrant c’est l’homme à tout faire, l’indispensable d’un village. Et c’est le message qu’il tente d’inculquer à son apprenti. Lorsqu’il voit ce jeune homme costaud et volontaire, il se revoit lui-même 35 ans plus tôt, l’année de son mariage avec sa tendre et chère : Augustine Marie Marguerite PLANQUETTE, une fille du cru, quand lui débarquait de Vitry-en-Artois.

Demain c’est sa fille Marguerite qui se marie. Le temps passe tellement vite.

Mais dans un sens il était temps que ce mariage soit célébré. Trois enfants nés hors mariage ça fait parler le voisinage, et le voisinage, ce sont ses clients. Alors moins on sort des rangs, et mieux il se porte. Et puis un militaire en garnison à Arras(**), ça ne lui dit rien qui vaille. Une fois la garnison levée, l’oiseau aura vite fait de faire son nid ailleurs. Un Bonapartiste en plus de ça…

L’apprenti lui tend la mailloche pour clouer le fer et rabattre la tête des clous une fois l’opération achevée. Il a grandement raison : l’heure n’est pas aux tergiversations. Ils ont du pain sur la planche et jusqu’à preuve du contraire, il y aura encore trois autres fers à poser sur ce canasson…


(*) : Les dates et événements cités dans cette article sont réels. En revanche les scènes décrites, les personnages de l’ancien maître et de l’apprenti, ainsi que toutes les opinions formulées par Aimable Joseph CAPRON relèvent de ma documentation, de mon imagination et de mon interprétation personnelles.

(**) : voir l’article G comme Gens d’Armes

7 commentaires

  1. Voici un bien bel hommage que tu nous proposes là ! Quel beau métier que celui de maréchal-ferrant. Ta prose nous invite à contempler les gestes précis d’Aimable et l’amour de son métier. J’ai une pensée à mes ancêtres qui devaient vivre ces mêmes instants.

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