#ChallengeAZ (2020) – S comme SOSA? #RDVAncestral

Nous sommes le dimanche 15 novembre 2020 et il est 23h57. A cette heure très précise je ressens une grande satisfaction. J’ai enfin réussi à venir à bout de cet article, de cette lettre N qui me hante depuis tant d’années. Tant d’émotions ressenties au moment d’évoquer l’histoire particulière de mon patronyme que je décide de partir me coucher, soulagé mais épuisé. Tellement épuisé qu’une fois couché sur le lit, le sommeil ne vient pas.

Les images se bousculent dans ma tête de façon si réaliste qu’on jurerait des diapositives défilant sur le plafond blanc de ma chambre. Pas moyen d’arrêter le processus, de dire stop. Ai-je bien fait au final? Nous les blogueurs, nous ne sommes que des rédacteurs de journaux intimes en quelque sorte. Sauf qu’au XXIème siècle les journaux intimes ne le sont plus vraiment et on oublie parfois qu’on fait tout pour qu’ils ne le deviennent jamais. Drôle de société, celle qui veut faire du jardin secret un parc d’attractions pour touristes.

J’ai très chaud. Mon pouls s’accélère. Mes tempes jouent un tam-tam endiablé qui finit par me faire perdre partiellement la raison. Je revois mes grands-parents paternels servant le café dans leur cuisine de Denain, avec la radio branchée sur RTL dès potron-minet. Je revois ces escaliers étroits couverts de moquette menant aux chambres. J’entends encore les discussions des adultes dans la salle à manger passer par une ouverture au sol de ma chambre. Je repense aux toilettes au fond du jardin et à ma crainte furieuse de devoir y faire un séjour à la nuit tombée. Je pourrais presque toucher du bout des doigts les oeufs de Pâques planqués dans le gardin par des cloches joueuses. Je me vois rire à gorge déployée en participant à cette partie de Mille Bornes mémorable. Et puis l’enfance passe. Les années filent. D’abord ma grand-mère disparaît.

Et on commence à parler d’une fameuse lettre, de cette lettre. Celle qui me remue en ce dimanche soir, puisque je l’évoque brièvement dans mon article sur le « N ». Que contient-elle exactement? On le suppose, on le devine, on évoque un prénom et un nom. Celui que nous n’avons jamais connu mais sans qui nous ne serions pas là. Et puis sept années plus tard, c’est au tour de mon grand-père de sortir de scène et la lettre est introuvable. Mais l’identité du personnage cité dans la lettre, rédigé par la grand-mère paternelle de mon grand-père, ce nom et ce prénom dorment toujours en moi depuis ce temps.

Je suis fiévreux. Par les temps qui courent c’est mauvais signe. Je crois juste à la grosse fatigue qui s’estompera après une bonne nuit de sommeil. J’ai la bouche tellement sèche. Mes dernières forces mises au service de la recherche de ma bouteille d’eau, je peine à me repérer. Et au lieu du parquet de ma chambre, je ressens un sol froid et dur. Pris de panique, je me redresse subitement en ouvrant les yeux.

Où suis-je? Pourquoi suis-je assis en pleine rue et en plein jour? Je n’ai plus chaud, j’ai presque froid désormais. Complètement perdu, je déambule sur cet axe interminable à la recherche d’un indice. J’interpelle les passants, dont aucun ne daigne me répondre. Puis réalisant que j’ai oublié mon attestation de sortie je fais profil bas, même si les forces de l’ordre doivent être laxistes par ici vu le nombre impressionnant de citadins ne portant pas de masque.

Ne pouvant parler, alors je me mets à écouter. Et je tombe sur une conversation surprenante entre une femme d’une cinquantaine d’années et un jeune homme de 18 ans à peine. La bienveillance avec laquelle elle le regarde me laisse tout d’abord penser qu’il s’agit de sa mère, mais je n’y crois pas vraiment. Le jeune homme semble perdu, l’air interrogatif. Je les suis discrètement, persuadé dans ma curiosité mal placée que le contenu va au mieux m’intéresser et au moins me faire passer le temps. Il y est question d’une jeune femme. Peut-être la fille de la dame. Sûrement même.

Ils s’arrêtent. Maladroitement je me cache derrière le premier poteau que je trouve. Les yeux humides, le jeune homme baisse la tête. La dame lui pose une main maternelle sur l’épaule, se retourne, ouvre la porte derrière elle et disparaît. En catimini, tel un félin de série Z, je me rapproche de la porte.

Tout ceci me rappelle quelque chose. C’est certain. Je n’ai jamais mis les pieds dans cette rue, mais j’ai l’impression de la connaître depuis toujours. Mais où est-on ici?

« Boulevard Drion » entonne une voix derrière moi. Au moment où je réalise que j’ai pensé plus fort que prévu, je suis surpris de réaliser qu’au moins une personne de ce patelin souhaite entamer la discussion avec moi.

C’est le jeune homme de tout à l’heure qui s’était adossé à un mur un peu plus bas dans la rue, devrais-je dire le Boulevard. Je recherche dans ma mémoire… Mais c’est bien sûr, le Boulevard Drion à Aniche, c’est là où mon grand-père est né! Et plus précisément au numéro…

En me retournant, j’observe le numéro figurant sur la porte derrière moi : le 138. Je suis à deux doigts de défaillir. Tout s’éclaire. Je viens de faire un retour en arrière de 90 ans. La dame d’environ cinquante ans qui y est entrée tout à l’heure, c’est mon arrière-arrière-grand-mère : Rosalie DUBOIS épouse MORLOT.

Dans la conversation tout à l’heure, la jeune fille devait donc être… Rosa Alix, sa fille. Par contre, si elle approche de la cinquantaine, le jeune homme me paraît un peu jeune pour être son fils Clément Alphonse qui devrait avoir plus de vingt ans si ma mémoire est bonne. Si seulement j’avais mon arbre généalogique sous les yeux…

Reprenons : un jeune homme d’à peine 18 ans, proche de ma trisaïeule, et qui semble ému à l’évocation de sa fille… Oh mon Dieu! Serait-ce… Auguste?

Le jeune homme me sourit.

Tant de questions me taraudent mais la nuit tombe si vite brusquement. Auguste s’éloigne, ouvre une porte et disparaît à son tour. Une brume opaque s’abat sur le boulevard. Je trébuche et tatonne le sol, chaud et boisé. D’un geste, j’agrippe une bouteille d’eau et la bois d’un seul trait.

La projection s’est arrêtée au plafond. La température est redevenue normale. Le tam-tam temporal s’est estompé. Il est 3 heures du matin. Je suis à la fois heureux de retrouver mon lit et peiné de ne pas pouvoir en apprendre davantage sur celui qui devrait être mon bisaïeul biologique.

Le brouillard du boulevard Drion a envahi mon esprit. Comment continuer le chemin? J’ai identifié cet ancêtre supposé et sa descendance. Mais comment surgir de nulle part et bouleverser le roman familial? J’aurais bien voulu qu’il me le dise…

7 commentaires

  1. Comme je comprends tes doutes ! C’est délicat d’aborder ces choses là, et on ne sait jamais comment on peut être reçu. La chance que tu as malgré tout, c’est qu’il ne s’agit pas d’adultère, « juste » une histoire de jeunesse… Toi seul peux décider de la suite que tu veux (ou pas) donner.

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  2. Je crois que je dois lire la lettre N de ton #ChallengeAZ pour tout comprendre. Mais on ressent toute l’émotion de cette rencontre, à ce moment précis. Je crois que sans connaître tout le contexte, la lecture prend un sens tragique.

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  3. Ah ! ce moment qui devrait être calme dans son lit au moment de s’endormir …et notre cerveau qui s’emballe et qui nous offre mille interrogations…Très beau récit.

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