#ChallengeAZ (2020) – U comme USINOR

Nous avions quitté Denain à l’aube de la Première Guerre Mondiale. J’aurais pu me contenter d’arrêter là mon récit. D’évoquer l’essor de l’industrie afin d’expliquer le pourquoi de l’installation de mes ancêtres dans cette ville et puis de passer à autre chose.

Mais cela aurait consisté à tronquer une grande partie de l’histoire du Nord Pas-de-Calais et notamment celle de Denain, mais aussi et surtout celle d’une grande partie de ma famille paternelle. L’histoire du déclin programmé de son industrie. Et quoi de mieux qu’Usinor pour symboliser paradoxalement son apogée et son déclin?

USINOR-DENAIN c’est un cri du coeur.

D’abord celui de l’amour de cette industrie, qui, à l’image des anciennes mines, gère la vie des travailleurs. C’est l’époque des grandes entreprises qui fournissent le logement, qui financent le sport et même les lieux de culte. C’est l’époque des CE surpuissants qui organisent les voyages de vacances des familles et apportent une plus-value non négligeable au quotidien des salariés, malgré l’extrême difficulté du métier. Née dans la continuité de la Société des Hauts-Fourneaux et Forges de Denain et d’Anzin, USINOR crée une vraie ville dans la ville, et devient incontournable dans le quotidien des Denaisiens. Tout est fait pour que le sidérurgiste trouve tout à disposition et vive en parfaite autarcie.

Et ensuite, le 12 décembre 1978, c’est un immense cri de stupeur lors de l’annonce de 12000 licenciements en France dont 5000 à Denain et 550 à Valenciennes par Claude Etchegaray, qui cristallise toute la colère d’une région. Ce PDG nouvellement nommé que les manifestants considèrent comme « l’homme de paille » du Gouvernement de Raymond Barre.

USINOR-DENAIN c’est avant tout l’usine-mère du groupe USINOR et personne ne veut croire que du jour au lendemain, près de 6000 sidérurgistes vont se retrouver sur le carreau, d’autant plus dans une usine innovante qui vient à peine de se doter d’un nouveau laminoir.

L’aciérie tourne certes à plein régime mais le groupe USINOR est criblé de dettes et survit grâce à l’argent public. Lorsque l’Etat décide de couper les vivres, dans le cadre de son plan de rigueur au lendemain des chocs pétroliers, l’entreprise ne peut plus assumer son statut et s’effondre.

« Usinor-Denain vivra! » entonnent-ils dans les rues, comme le chant du cygne d’une région fière de ses travailleurs et qui ne veut pas croire au désastre annoncé.

Malheureusement, en juillet 1980, le dernier haut-fourneau est arrêté. Les employés d’USINOR iront même jusqu’à perturber le Tour de France en 1982. Au total, les effectifs de Denain tombent de 10 000 employés en 1966 à 200 au milieu des années 80. En 1983, USINOR-DENAIN est définitivement arrêtée.

Pour vous immerger dans l’ambiance de cette époque, vous trouverez ci-dessous deux vidéos très touchantes, car rien ne vaut l’image et le son pour comprendre ce que fut la fin d’un monde.

La fin de leur monde.

PS : même s’il a toujours affirmé le contraire, je reste persuadé que mon grand-père paternel figure sur la photo des joueurs de cartes utilisée dans la seconde vidéo.

2 commentaires

  1. Mon cœur saigne à la lecture de ton article… Pour plusieurs raisons : mon conjoint a travaillé dans les ancien locaux d’Usinor Denain, mais surtout, je suis métallurgiste dans le Nord et nous venons d’entrer en PSE, donc ça me rappelle cruellement à mon quotidien.

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