#RDVAncestral Les Pieds dans le Plat [1] – Premier de Cordée

Maulde
-Source : LimoWreck, CC BY-SA 3.0 http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/, via Wikimedia Commons

Ne pas perdre le rythme…

Ne rien lâcher…

Un bâteau en cache toujours un autre. Toujours ce même chemin, ce même parcours. Depuis combien de temps en suis-je à tirer sur cette fichue corde?

Quelques heures plus tôt

Natif des années 80, je voue un culte désuet à des tranches de ma jeunesse. Parmi ces veaux dorés que les années 90 ont produits figurent des musiques dont les clips ont pris un tel coup de vieux qu’un enfant des années 2010 jurerait qu’ils sont volontairement mal fichus. Peut-être. Notre enfance et notre adolescence ne sont-elles vouées qu’à être coiffées de la couronne du kitsch? Tant mieux. Au moins personne ne s’approchera de notre pré carré, de notre jardin secret.

Et pour garnir ce jardin secret, voici que je viens de recevoir en guise de bouquet l’intégrale d’une série qui a bercé mes jeunes années : Code Quantum. Pour ceux – les pauvres – qui seraient passés à côté de ce petit bijou télévisuel, il s’agit de l’histoire d’un scientifique, qui, voulant prouver qu’il peut voyager dans le temps, s’y retrouve bloqué, contraint de zigzaguer parmi les époques en incarnant à chaque fois une personne différente. Tout en espérant toujours revenir à la seule vraie place qui lui revienne : la sienne.

Aujourd’hui est le jour du #RDVAncestral et pour éviter ce phénomène qui se répète chaque mois lors de mon sommeil, je décide d’aller me coucher le plus tard possible. D’où ce besoin de passer ma soirée à enchaîner les épisodes de ma série culte.

Mon impatience est grande au moment de commencer la saison 1, mais à peine le disque inséré, le courant se coupe brusquement. C’est bien ma veine… Je sors pour voir si je suis le seul concerné dans le quartier et à peine ai-je franchi le pas de ma porte que je suis projeté au sol, quasi assommé.

« Et bah alors Antoine, tu dors? »

Encore groggy, je cherche d’où provient cette voix en me demandant si je suis censé en connaître son propriétaire. Propriétaire qui me confond avec un Antoine, semble-t-il. Je lui signale mon incompréhension avec un haussement d’épaules équivoque et je me retourne pour rentrer chez moi. Mais… où est ma maison?

« Oooooh Antoiiiiiine, tu te sens bien? »

Perdu, je tourne la tête en direction de cet homme qui persiste dans son erreur. Il est debout sur un bâteau qui paraît stagner sur un cours d’eau. Depuis quand un canal coule-t-il devant chez moi? En avançant dans la direction de mon interlocuteur, je trébuche, ce qui me permet de comprendre la raison de mon mal de crâne. C’est cette immense corde qui jonche le sol que j’ai reçue en pleine tête.

« Tu comptes m’aider un jour? »

Je comprends que ce batelier qui pense me connaître s’attend à ce que je tire sur cette corde. Et puis quoi encore? J’ai autre chose à faire moi. Je décide donc de lui répondre sèchement.

« Je ne suis pas Antoine! Vous devez confondre avec quelqu’un d’autre. »

L’homme part d’un éclat de rire qui finit par attirer quelques curieux. Lorsqu’il leur explique la raison de son hilarité, la vague de rires s’amplifie et c’est bientôt une dizaine de badauds qui se moquent ouvertement de moi.

Lassé, je baisse la tête et c’est à ce moment précis que je remarque mon drôle d’accoutrement. Mais qu’est-ce qui m’arrive? Excédé un vieil homme me bouscule et finit par s’emparer de la corde qu’il tire violemment sur quelques dizaines de mètres avant de s’effondrer. J’accours à ses côtés, m’assure que tout va pour le mieux pour lui et prends le relais en tirant la corde à mon tour, même si c’est loin de m’enchanter.

D’accord pour ce bateau mais après je tente de rentrer chez moi.

Retour quelques heures plus tard

Ne pas perdre le rythme…

Ne rien lâcher…

Un bâteau en cache toujours un autre. Toujours ce même chemin, ce même parcours. Depuis combien de temps en suis-je à tirer sur cette fichue corde?

Combien en ai-je croisé des inconnus à me saluer à grands renforts de « Salut Antoine! ». Suis-je devenu fou?

Le dos cassé, je décide de faire une pause en m’asseyant sur la berge. L’eau scintille en cette journée ensoleillée, et je peux même apercevoir le reflet d’un homme qui me fixe étrangement. En fronçant les sourcils, je remarque qu’il fait de même. Tout comme lorsque je me lève brusquement. Mon Dieu… mais ce reflet… c’est donc moi? Ou peut-être celui qu’ils appellent… Antoine?

C’est bon j’ai compris. J’ai dû m’endormir devant Code Quantum et voilà que je me suis recréé un épisode. Se pincer dans un rêve, ça réveille. Se pincer dans la réalité, ça fait mal. Et là je souffre horriblement car je n’y ai pas été de main morte.

Comment est-ce possible? Si j’étais Sam Beckett, le héros de ma série, je chercherais à comprendre mon identité et le problème à régler pour pouvoir quitter ce corps. Mais on ne vit pas dans une série télé, n’est-ce pas?

Pourtant cet « Antoine » me dit quelque chose. Le #RDVAncestral aurait-il fini par me rattraper par un autre moyen, sans passer par le sommeil?

Soudain, ma migraine se réveille. Une douleur affreuse, paralysante, étourdissante. Puis un murmure grandissant en moi, qui devient progressivement une voix.

« Alors, tu as cru que j’allais te faire faire de la couture?« 

Je cherche autour de moi. Personne. Je suis désormais seul sur cette berge. Brusquement cette voix se met à rire. J’en ai des frissons. Que se passe-t-il?

« Ne me cherche pas, je suis dans ta tête. Va plutôt chercher la treille.« 

La treille? Pourquoi ce mot me dit-il quelque chose?

« J’entends toutes tes pensées, tu sais. Si je te dis que la treille est pour les treilleurs, tu as compris pourquoi je n’allais pas m’occuper de tes vêtements? »

Tout me revient. La treille c’est cette lourde corde que j’ai tirée pendant de longues heures. Mais pourquoi cette référence permanente à la couture et aux vêtements?

« Fiston, ce n’est pas parce que je vis au XVIIIème siècle que je ne suis pas au courant que tu as confondu Tailleur et Treilleur… »

Antoine… c’est Antoine Joseph Lenglet? Mais comment est-il au courant de mon article R du Challenge AZ 2020 et de cette erreur de retranscription? C’est vrai que je ne l’ai toujours pas corrigée. Pas eu le temps à vrai dire.

« Et moi tu crois que j’ai du temps pour moi? Tu me feras le plaisir de rectifier tout cela. »

Bon d’accord.

A peine ces mots prononcés, la lumière du soleil devient éblouissante jusqu’à ce que tout me paraisse blanc. Je ferme les yeux.

Lorsque je les ouvre, tout l’environnement a changé. Mais je ne reconnais toujours pas ma maison…

[A SUIVRE]

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