Eloge désuet de la transmission manuscrite

« Mouais… Je résume. Pour une année 2021 qui devait soi-disant « casser les codes« , tu ouvres le grand bal de la subversivité généalogique par nous demander d’écrire à la mimine ce que de jolis programmes ultra-modernes font gentiment pour nous? Mais c’est quoi pour toi au juste la subversivité? »

Désolé pour cette entrée en matière quelque peu brutale mais je n’avais pas vraiment prévu qu’un alter-ego débordant de mépris et de suffisance vienne m’invectiver de la sorte. A force de mettre mes pieds dans le plat, je crois que je suis victime d’un trouble de dissociation de la personnalité passager. Bref, la routine.

Là où cet alter-moi dit vrai, c’est que j’ai effectivement prévu de « casser les codes ». En fait plus précisément de casser MES codes. De là à parler de subversivité, il y a un pas.

Vient un moment dans la vie d’un généalogiste où il se dit qu’après tout, lorsqu’il cherche le nom du troisième témoin du re-mariage de son SOSA 222, ce n’est pas uniquement pour flatter son ego. Car l’ego ne survit pas au généalogiste, contrairement à l’histoire de sa famille. Encore faut-il mettre tout en oeuvre pour assurer que cette histoire soit faite d’un bois assez résistant pour traverser les siècles.

Je ne parle même pas ici de se raconter, d’écrire un roman généalogique ou de broder de belles histoires autour de la vie de mes ancêtres. Non, je m’attache en premier lieu à préserver l’essence-même de l’histoire de mes découvertes : mon arbre. Le reste suivra.

Je suis certes de ceux qui sauvegardent leur arbre sur différents supports informatiques, disques durs, clouds, sites internets, GEDCOM e tutti quanti… Et puis, la fin de l’ex-incontournable Flash Player, la désillusion des permaliens pas si permanents et l’obsolescence de nombreux programmes laissent parfois le doute planer sur la forme et l’accessibilité de nos données dans le futur ainsi que sur la pérennité des données informatiques actuelles. Qui sait? C’est un sujet qui me travaille et que j’ai déjà abordé sous forme d’un récit d’anticipation sur ce blog.

Alors, que nous reste-t-il quand il ne nous reste plus rien? Une feuille de papier et un stylo.

Pour qui aime se plonger dans les vieux papiers ancestraux, ce n’est pas un secret que nos ancêtres qui savaient tenir une plume pour signer n’étaient pas si fréquents. Et parmi ceux-là, combien auraient été capable de prendre cette fameuse plume pour transmettre de leur vie aux générations suivantes? Un nombre infime.

Les XXème et XXIème siècles ont radicalement diminué l’illétrisme. Et pourtant dans nos sociétés numériques, nous nous servons tellement peu d’un stylo pour écrire [Dixit celui qui se sert d’un blog pour rédiger ses pensées… ]. Mais que restera-t-il de l’individu que nous sommes derrière un texte écrit en Arial 10 que tout un chacun pourrait copier/coller à volonté (droits d’auteur mis à part)? Mes descendants auront-ils accès à ce blog? Qu’est-ce que cela leur apprendra de leur aïeul? Peut-être ce déballage grand-public des petites histoires de mes SOSA sera-t-il jugé obscène au XXIVème siècle?

Alors je me suis dit qu’il faudrait peut-être quelque chose de plus intime. Et puis j’ai trouvé ces « livres généalogiques » dans le commerce. Une page par ancêtre à compléter. Nom, prénom, date de naissance, de baptême, de mariage, de décès, d’inhumation, profession, frères et soeurs… La base. La substantifique moëlle de la généalogie.

Si l’un de mes descendants parvient à accéder à mes données généalogiques et aux délires excentriques de son aïeul sur ce blog, tant mieux. Mais dans le pire des cas, et si la généalogie l’intéresse, il pourra toujours a minima partir du « livre généalogique » soigneusement complété par mes soins.

Ce livre sera rempli de mon écriture. Mon écriture si banale, parfois pas simple à lire. Mais une fois passé au statut d’ancêtre, elle aura une saveur toute particulière. Du moins je l’espère. Un clin d’oeil du passé, unique, et personnalisé.

Le GEDCOM, l’humain en plus.

11 commentaires

  1. Très bonne idée. J’ai fait la même chose sous forme de fiches que je complète à la main, pour moi, mais aussi pour ma famille. Je leur ai demandé s’ils préféraient des fiches entièrement imprimées (et donc lisibles à 100%) ou une base imprimée et les informations manuscrites. Tous ont préféré la dernière solution. Cette réflexion n’est donc pas réservée qu’à nos descendant mais aussi aux générations actuelles.

    Aimé par 1 personne

    • Effectivement c’est souvent devant l’explosion des SOSA grâce à nos outils modernes nous permettant de progresser rapidement dans nos arbres en restant chez nous qu’on délaisse le papier. Je te laisse à ta méditation! 😉

      J'aime

  2. Une réflexion que je me suis faite à de nombreuses reprises et j’en suis arrivée à une conclusion identique. Le vieux bonhomme barbu avec son manteau rouge l’a bien compris en me fournissant le support papier qu’il me fallait, il ne reste plus qu’à y laisser mon empreinte.

    Aimé par 1 personne

  3. Bravo ! Excellente intention de début d’année ;=)
    Mais c’est quoi ces « livres généalogiques » qu’on trouve dans le commerce dont tu parles ? Je veux bien des références. Merci et bonne année à toi 🙂

    J'aime

  4. L’humain peut être aussi dans la transmission de nos recherches sous un format électronique. Certes, ils n’auront pas à déchiffrer nos pattes de mouches, mais ils pourront plus simplement y accéder sous un format accessible à tout à chacun. Vous avez du rencontrer, comme moi, des cas de personnes ayant fait leur généalogie sous format papier et que celle-ci soit perdues. L’avantage du format électronique est sa capacité de diffusion à tous nos proches. Il est aussi possible de retrouver le papier en faisant éditer ces livres de famille. Ils se rendront compte du travail effectué et vous pourrez leur faire une dédicace. Pour ma part, j’utilise GENOPRESSE qui crée de multiples livres de famille en format traitement de texte à partir du fichier GEDCOM et qui inclut les images des actes et photos. Ces livres de familles sont éditables en modifiant les personnes centrales et en ajoutant des photos et le traitement de texte permet de modifier le texte. J’ai aussi créé de toutes pièces un livre de ma famille maternelle sous WORD pour les 90 ans de ma mère que j’ai pu diffuser à ma fratrie.

    J'aime

    • Merci pour votre commentaire. L’un n’empêche pas l’autre à vrai dire. Vous avez raison : la puissance du numérique est sa lisibilité et sa capacité à être partagé rapidement et massivement. Mais si à ça vous ajoutez des enregistrements manuscrits, je pense que c’est un plus non négligeable.

      J'aime

  5. Pour ma part, mes ancêtres sur généanet mais …un ou plusieurs classeurs regroupant les fiches numérotées sosa auquel sont inclus tout les actes et/ou documents et photos. J’ai aussi fait 3 gros livrets sur mon grand père poilu de 14, ma belle-mère de 90 ans et un de ses cousins mort à Dachau, mon défunt mari de sa naissance à sa mort, incluant documents et photos. J’en ai 4 autres en attente.

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s