#ChallengeAZ (2019) – L comme Liqueur suspecte

Image par dianakuehn30010 de Pixabay

Sont interdites la fabrication, la vente en gros et en détail, ainsi que la circulation de l’absinthe et des liqueurs similaires […] Les infractions à la présente loi seront recherchées et constatées comme en matière de fraudes et falsifications.

(Extrait de la Loi du 16 mars 1915 article 1)

L’avenue Alphonse Denis est, comme à son habitude, une avenue vivante, bruyante, commerçante. Depuis que la ville d’Hyères a été vantée pour son climat bénéfique aux malades de toute sorte… et aux Anglais, son développement touristique hivernal est spectaculaire. Cela se remarque d’autant plus en ce jeudi 13 janvier 1927.

Je pourrais me fondre dans la masse, faire halte chez bijoutiers, parfumeurs, vendeurs de vêtements ou pâtissiers pour contribuer à cet essor économique. Mais non. Justement très soucieux de l’économie nationale, je ne peux dévier de ma trajectoire en cette fin de matinée.

Source : Geneanet (carte postale déposée par ruedusoleil)

Arrivé à un croisement, je consulte mes dossiers. Cours de la Burlière, c’est bien ici. Tandis qu’une petite fille me regarde avec curiosité, j’interpelle un homme debout, adossé contre le mur de la terrasse..

« Bonjour, êtes-vous le patron… euh… Monsieur Daumergue…? »

L’oeil vitreux et la moustache frisée, il esquisse un petit sourire et me répond, l’air malicieux : « François? Non, il a dû s’absenter. Mais sa Dame doit être par là. »

Levant la tête vers l’intérieur, je constate qu’une femme m’observe attentivement. Elle fait un signe, et la petite fille, qui se tenait debout sur une chaise, finit par entrer. Je comprends qu’il s’agit de la patronne.

Source : Archives familiales

« Madame Daumergue?… S’il vous plaît? « 

La femme marche rapidement sans se retourner. Je la suis, obligé d’accélérer le pas.

« Madame? Je suis M.Privat. Je suis contrôleur des fraudes. Pouvez-vous vous arrêter s’il vous plaît? »

Nous arrivons dans une cuisine. Là, la dame se retourne brusquement, esquisse un grand sourire et me dit chaleureusement : « Oh excusez-moi je ne vous avez pas entendu, vous désirez? ». Alors que je m’apprêtais à répondre un bruit de bulles se fait soudain entendre dans la pièce.

Croisant le regard gêné de madame Daumergue, mon attention se porte sur un seau derrière elle d’où semble provenir le bruit.

Plongeant par réflexe ma main dans l’eau, j’en ressors une bouteille contenant un liquide d’une couleur verte qui me rappelle quelque chose. En ouvrant la bouteille, l’odeur est caractéristique.

« -Madame, tentiez-vous de dissimuler un similaire d’absinthe? Savez-vous qu’il est strictement interdit d’en vendre à vos clients?

-Monsieur, sachez que le patron du café, c’est mon mari. Et ici vous êtes dans MA cuisine. Ma cuisine privée. Je vous demanderai donc de sortir d’ici. »

Vexé, je décidai de repartir avec mes 90 centilitres de ce liquide prohibé. L’affaire ne s’arrêterait pas là.

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Article inspiré de l’audience du 7 octobre 1927 où François Louis Marius Daumergue comparaissait comme suspecté de fabrication et mise en vente d’un similaire d’absinthe. Les dialogues et opinions des protagonistes sont le fruit de l’imagination de l’auteur et ont pour seule vertu de contribuer à rendre le récit plus vivant.

Source : Archives Départementales du Var
(avec l’aide précieuse et indispensable du Fil d’Ariane)

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